Giacomo Antonio Domenico Michele Secondo Maria Puccini
Vie et opéras

Vue aérienne de la ville de Lucca
La ville de Lucca

Giacomo Antonio Domenico Michele Secondo Maria Puccini, né le 22 décembre 1858 à Lucques (Lucca) en Toscane et mort le 29 novembre 1924 à Bruxelles, n'est pas musicien par hasard. Il est le dernier rejeton (au sein d'une fratrie de sept enfants) d'une longue lignée de musiciens et compositeurs de musique religieuse.
Il fut d'abord l'élève indiscipliné de son oncle Fortunato Magi puis organiste d'église.

Il est élève au conservatoire lorsqu'il assiste en 1876 (il a donc 18 ans), à une représentation d'Aïda de Verdi à Pise. C'est son premier contact avec l'opéra.
Il compose en 1878 ce qui sera un peu plus tard le Credo de la Messa (alias Missa di Gloria) au sujet de laquelle vous pouvez consulter la page qui lui est consacrée.

Pendant ses études au conservatoire de Milan (de 1880 à 1883) il participe à un concours d'écriture organisé par l'éditeur Sonzogno, en proposant Le Villi, opéra en un acte qui, s'il ne remporte pas les faveurs du jury, reçoit l'adhésion du public puisqu'il est donné en 1884 au Teatro dal Verme de Milan.

Le Villi (1884)

Le Villi
Couverture d'une enregistrement de Le Villi

Opéra en un acte sur un livret de Ferdinando Fontana

L'argument de la pièce

Anna, fille de Gugliermo aime Roberto qui le lui rend bien. Il s'absente pour aller à Mayence (l'action est en Forêt-Noire) pour toucher l'héritage de son ancienne épouse.
Une fois là-bas, il tombe amoureux d'une séductrice. Anna meurt de chagrin. Roberto qui n'en sait rien, revient au village après s'être lassé de son amoureuse. Gugliermo invoque les "Villi", créatures magiques qui se réunissent les nuits de pleine lune pour faire danser sauvagement jusqu'à la mort ceux qui ont trahi leur amour. Roberto voit le fantôme d'Anna, mais quand il veut s'approcher d'elle, les Villi s'emparent de lui. À l'aube, elles s'éloignent, abandonnant le corps sans vie de Roberto et le fantôme enfin apaisé d'Anna.
La notion de Happy End a beaucoup changé depuis...

Teatro dal Verme
Il Teatro dal Verme en 1875

Cette première œuvre attire - et c'est peu dire - l'attention de l'éditeur Ricordi qui lui passe commande d'un opéra. C'est peu dire parce qu'il semble bien que Ricordi, éditeur concurrent de Sonzogno, ayant flairé le talent du jeune Puccini, fit tout ce qu'il put pour l'attirer dans son giron. Puccini lui-même aurait trempé dans la machination et aurait donc eu intérêt à perdre le concours pour se gagner un allié de poids. Ceci expliquerait autant l'échec de Le Villi que leur production dans la foulée, par Ricordi, sur une grande scène milanaise.

Edgar (1889)

Affiche d'Edgard
Une affiche d'Edgar

Edgar, deuxième opéra de Puccini, est donc l'œuvre qui signe son alliance durable avec Ricordi. C'est un opéra en trois actes dont le livret est de Ferdinando Fontana et le sujet tiré du drame en vers La Coupe et les lèvres d'Alfred de Musset.

Argument de la pièce


Edgar est partagé entre l'amour de Fidelia et celui de Tigrana. Il s'enfuit avec la seconde avec qui il vit dans la débauche, puis il l'abandonne et tente de se racheter en s'engageant dans l'armée. Il sauve rien moins que la patrie. Le peuple reconnaissant, le croyant mort, lui offre des funérailles somptueuses mais pendant la cérémonie, un moine révèle toute l'étendue des turpitudes d'Edgar. Malgré Fidelia qui défend sa mémoire, le peuple furieux veut jeter à bas le cadavre mais... le cercueil est vide. Le moine n'est autre qu'Edgar en personne qui se repend et prend Fidelia dans ses bras où vient l'assassiner la jalouse Tigrana.
En matière de Happy End, c'est pas encore ça...


Selon l'avis général des habitants de Lucca, cette histoire abracadabrante est malencontreusement proche des amours tumultueuses du jeune compositeur. Tout le monde sait en effet que Puccini est l'amant d'Elvira Gemignani et le père de son enfant. Tout le monde sauf... le mari d'Elvira.
Edgar connaitra d'abord un succès mitigé, puis de plus en plus catastrophique au fil des années et des ré-écritures, au point que Puccini plus tard, fit à son sujet ce mot : E Dio ti GuARdi da quest'opera! (Et puisse Dieu vous protéger de cet opéra !).
Toutefois, en gestionnaire avisé de son capital artistique, Puccini réutilisa dans Tosca, une partie de la musique coupée à Edgar dans une vaine tentative pour le faire aimer du public.

Vinrent ensuite les premières vraies réussites :

Manon Lescaut (1893)

Affiche Manon Lescaut
Carte postale commémorant la première représentation.

Troisième opéra de Puccini. Le livret est cette fois de Luigi Illica, Giuseppe Giacosa et Marco Praga et le sujet est tiré de L’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut de l’abbé Prévost.

L'argument

Dans une auberge, Des Grieux est séduit par Manon Lescaut que sa famille envoie au couvent et lui déclare sa flamme. Il n'est pas le seul, Géronte de Ravoir qui est vieux (comme son nom l'indique) et riche (id.) est lui aussi sous le charme mais il a les moyens... Manon choisit le vieux dont elle aime la richesse mais regrette le pauvre dont elle aime la jeunesse. Apprenant que Des Grieux a gagné "assez d'argent pour aller la voir" elle le laisse venir auprès d'elle. Il est furieux (quelle idée ! il y aurait pourtant mieux à faire en la circonstance...) mais elle le séduit à nouveau. Ça ne plait pas beaucoup À Géronte qui la fait arrêter et exiler pour l'Amérique. Des Grieux s'embarque sur le même bateau. Une fois arrivés à destination, ils sont épuisés par les fatigues du voyage. Manon meurt pendant que Des Grieux va chercher du secours.
Le Happy End, ce sera pour plus tard...

Manon Lescaut fut le premier grand succès de Puccini mais aussi le point de départ d'une collaboration fructueuse avec les librettistes Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, qui travaillèrent avec lui sur les trois opéras suivants.

La Bohème (1896)

Affiche la Bohème
La Bohème. Ah les belles affiches !

Opéra en quatre tableaux de Puccini, livret de Giacosa, le sujet est tiré de Scènes de la vie de Bohème d'Henri Murger.

Argument

L'argument est fouillé et original

Tableau I

Mimi est la voisine de quatre artistes qui tirent le diable par queue. Elle tombe amoureuse de Rodolfo (le poète) et suit la bande dans une folle soirée parisienne au Café Momus où se mêlent les grisettes, les "bohèmes" et les bourgeois.

Tableau II

À la petite bande se joint une jeune femme, ex-amante de Marcello (le peintre) mais présentement en compagnie du riche conseiller Alcindoro dont elle est lassée et qu'elle abandonne en tête-à-tête avec l'addition.

Tableau III

Mimi est malade et Rodolfo qui l'aime passionnément préfère l'abandonner pour lui laisser la possibilité de trouver un protecteur plus riche que lui qui pourra la faire soigner. Mais elle évente le stratagème en se cachant et dévoile sa présence (en toussant). Son amour redouble, les quintes aussi. Ils décident de rester ensemble jusqu'au printemps.

Tableau IV

Rodolfo et Mimi sont séparés, il apprend qu'elle vient de quitter un riche protecteur. On la ramène dans la mansarde où les amis se mettent en quatre pour lui procurer de quoi se soigner et se réchauffer, mais il est trop tard, elle meurt et Rodolfo crie le nom de son amour.

Nota bene

Ça serait sympa que le commentateur cesse ses plaisanteries sur le Happy End qui ne font rire que lui...

Tosca (1900).

Affiche Tosca
Couverture de la première édition de la partition.

Opéra en trois actes de Giacomo Puccini, sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, d'après la pièce de Victorien Sardou.

Argument

La scène se passe en 1800.
Après la proclamation de la "République Romaine" en 1798 par les troupes françaises, Ferdinand Ier a repris Rome avec l'aide des Anglais. Le baron Scarpia est chargé de mettre sur pied une police secrète. Tosca est une cantatrice à la forte personnalité. Elle est la maitresse très jalouse du peintre Mario Cavaradossi. Au moment où commence la pièce l'ancien consul de la république de Rome, Cesare Angelotti, vient de s'échapper du Château St Ange et se réfugie auprès du peintre qui lui propose de le cacher chez lui. Mais le baron Scarpia qui a flairé la piste de l'évadé est sur leurs talons. Il fait suivre Tosca, espérant qu'elle le mènera à Angelotti.
Le stratagème échoue mais le peintre Cavaradossi est néanmoins arrêté et soumis à la question dans la pièce à côté de celle où Tosca est elle-même interrogée. Les cris de son amant la font céder et elle révèle la cachette d'Angelotti. Cavaradossi la repousse lorsqu'il apprend qu'elle a trahi, mais à ce moment on apprend la victoire de Napoléon à Marengo et il laisse éclater sa joie, ce qui lui vaut d'être sur le champ condamné à mort par Scarpia.
Tosca supplie et Scarpia propose de laisser la vie sauve à son amant contre une nuit avec elle, ce qu'elle finit par accepter de se sacrifier contre un sauf-conduit pour elle et son amant. Pour faire passer l'affaire, Scarpia promet d'organiser un simulacre d'exécution, le peloton étant chargé à blanc. Dès que Tosca a en main le sauf-conduit, elle assassine Scarpia sans autre forme de procès. L'opéra se termine sur l'exécution de Cavaradossi. Il est amené mains liées devant le peloton qui tire. Il s'écroule. Tosca trouve qu'il joue vachement bien la comédie, mais il est mort pour de bon. Scarpia a menti. Elle se suicide en se jetant dans le Tibre du haut d'une tour du château Saint-Ange.
...et ils ne se marièrent pas et n'eurent aucun enfant...

Après les débauches sentimentales de Manon Lescaut, le vérisme de Tosca reçut un accueil glacial de la critique et même du public qui se retournera bien vite et fera de cet opéra un succès, après quelques retouches du maestro qui commence a avoir "du métier".

Madame Butterfly (1904)

Affiche Madame Butterfly
La Partition de Madame Butterfly

Opéra italien en trois actes de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, tiré de la pièce de David Bellasco Madame Butterfly

Résumé

Nagasaki, 1904.
Un jeune officier américain de passage, Benjamin Franklin Pinkerton épouse une geisha de quinze ans, Cio-Cio-San (qui signifie en japonais « Madame Papillon »). Simple divertissement exotique pour lui, le mariage est pris très au sérieux par la jeune Japonaise. Pinkerton repart après la cérémonie et (accessoirement) après lui avoir fait un enfant, . Espérant son retour, elle lui reste fidèle et refuse de nombreuses propositions de mariage.
Trois ans plus tard, Pinkerton revient au Japon avec sa nouvelle épouse américaine. Quand Cio-Cio-San comprend la situation, elle leur abandonne son enfant et se donne la mort par jigai (mode de suicide des filles et femmes de samouraïs).

La première représentation le 17 février 1904 à la Scala de Milan est un échec monumental, l'opéra étant jugé comme une réplique de La Bohème mais avec moins de fraîcheur.
Selon l'éditeur Guilio Ricordi, « le spectacle donné par la salle semblait aussi bien organisé que celui présenté en scène puisqu'il commença en même temps ». Entr'autres facéties le public lors du passage des chants d'oiseaux, se livre à une imitation en règle de toute la basse-cour...
Il semble qu'il y a effectivement eu de la cabale dans l'air, organisée par Sonzogno (le rival de Ricordi déjà rencontré plus haut) ou Pietro Mascagni compositeur rival de Puccini, ou bien les deux...
Le four est tel que les librettistes exigent le retrait de l'œuvre de l'affiche.
Puccini qui commence a en avoir l'habitude, retaille, raccourcit, ôte un acte et triomphe à Brescia le 28 mai 1904 et Madame Butterfly connaitra immédiatement une carrière internationale.

La Fanciulla del West (1910)

Affiche La Fanciulla del West
La partition.

Opéra en trois actes de Giacomo Puccini composé sur un livret de Carlo Zangarini (1874-1943) et Guelfo Civinini (1873-1954) d'après le drame de David Belasco (1853-1931), La Fille du far-west (The Girl of the Golden West).

Argument

L'action se situe dans un camp de mineurs au pied des Cloudy Moutains, en Californie, à l'époque de la ruée vers l'or de 1849-1850.
Minnie tient le Polka-Bar où les mineurs boivent, jouent et se battent. Elle les calme en leur lisant des versets de la bible, ce qui n'est pas à la portée de n'importe qui. Jack Rance, le shérif du lieu, compte au nombre de ses prétendants et se déclare à Minnie, mais elle rêve du vrai et grand amour et... ce n'est pas lui. Arrive Johnson que Minnie a connu naguère, mais dont elle ignore qu'il est devenu le redoutable bandit Ramerrez qui écume la contrée. Elle le reçoit dans sa cabane, ils se déclarent leur amour. Apprenant alors que Johnson et Ramerrez ne sont qu'un seul et même homme, Minnie le chasse de chez elle, mais il revient bientôt, blessé par balle. Elle le cache dans son grenier. Suivant son instinct et les traces de sang, Rance surgit alors. Minnie lui propose une partie de poker. S'il gagne il aura Johnson et elle, s'il perd, Johnson est à elle. Elle triche et gagne.
Rance et les mineurs capturent plus tard Johnson et au moment de sa pendaison, Minnie surgit à cheval, convainc les mineurs de lui laisser la vie sauve et
la pièce se termine par un Happy End !
Comme quoi, il ne faut jamais désespérer de rien.

En 1910 La Fanciulla del West est créée au Metropolitan Opera de New York sous la baguette d'Arturo Toscanini.
Après avoir fait un accueil enthousiaste à cette œuvre moderne, originale et formidablement écrite, le public versatile lui tourne le dos et critique tout : le thème, l'audace et même le happy end !

Il Trittico (1918)

Affiche il Trittico
Affiche de Il Trittico en 1918

(le triptyque) est une suite de trois opéras dans le style Grand Guignol parisien :

Il Trittico

Il Tabarro

Affiche il Tabarro
Affiche de Il Tabarro

(épisode d'horreur),

Suor Angelica

Suor Angelica
Suor Angelica pendant la première en 1918

(tragédie sentimentale)

et

Gianni Schicchi

Partition Gianni Schicchi
La partition de Gianni Schicchi

(farce).

Seul ce dernier, plus populaire, passera à la postérité.

Turandot

Affiche Turandot

Affiche de la création en 1926

Opéra en trois actes et cinq tableaux de Giacomo Puccini, sur un livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni d'après la comédie Turandot de Carlo Gozzi.

Argument

Dans une Chine médiévale imaginaire, les prétendants à la main de la belle et cruelle princesse Turandot (et au trône de Chine), doivent élucider trois énigmes ou mourir.
Calaf, fils du roi en exil Timur veut concourir contre l'avis de son père et de la jeune esclave Liu
On apprend que Turandot ne veut pas se marier mais venger, par le meurtre des prétendants, le viol de son ancêtre Lou-Ling par un prince étranger.
Calaf, triomphe de l'épreuve des énigmes. Il propose à Turandot de la libérer de sa parole si elle parvient à connaître son nom avant l'aube du lendemain.
Les ministres Ping, Pang et Pong torturent Liu pour lui faire dire le nom de son maître, mais elle se poignarde pour emporter son secret dans la tombe.
À l'aube, Calaf révèle son nom à Turandot, remettant ainsi sa vie entre ses mains. Devant l'empereur et le peuple rassemblé, Turandot révèle que son nom est "Amour".

La fin lamentable de Liu qui se sacrifie pour protéger le secret de son maitre, rappelle un scandale qui eut lieu en 1909 autour de Puccini : sa servante s'est empoisonnée après qu'Elvira Gemignani l'eût accusée d'entretenir une relation avec Puccini. Or, il est très probable que c'était sa sœur et non elle-même qui entretenait cette relation, mais qu'elle servait de médiatrice entre eux et qu'elle a mis fin à ses jours pour ne pas révéler leur secret.


La composition de Turandot fut interrompue par la mort du compositeur, et malgré Franco Alvano qui tenta de poursuivre le travail de son maitre, c'est sans les deux dernières scènes qu'elle passa à la postérité.

Unhappy end

Puccini meurt à Bruxelles en 1924, des suites cardiaques dues à son cancer de la gorge.
Ses obsèques furent célébrées à l'église royale Sainte-Marie de Schaerbeek.