Maitre Rossini

Portrait de Rossini par Nadar
Portrait de Rossini par Nadar

Ce qu'on en sait quand on ne sait rien

De son vrai nom, il s'appelle, Giovacchino Antonio Rossini. Les italiens le nomment Gioachino Rossini, et certains Français, Gioacchino Rossini. Pas de problème, c'est bien toujours le même homme né à Pesaro en 1792, (le 29 février, pour ne pas faire les choses comme tout le monde) trois mois après la mort de Mozart, et mort à Paris en 1868 à Paris.

Que savent de lui ceux ne savent rien ? Le tournedos, l'opéra, le bel canto, les femmes... C'est déjà beaucoup si l'on compare à ce qui se sait de loin des grands compositeurs : on sait de Beethoven les symphonies et la surdité, de Mozart, la précocité et... la précocité, de Bach la fécondité, de Schubert la brièveté, de Liszt la virtuosité... peu de chose en somme pour chacun. Mais la vie de Rossini a connu des étapes intenses variées et successives qui chaque fois en font un personnage hors du commun. Franz Liszt, qui n'était pas un imbécile le tenait pour la personne la plus intelligente qu'il ait jamais rencontré. Ceci explique peut-être cela.

Famille

Ernest Meissonier, Pierre Bingen
Le Héraut de Murcie
en 1893
statuette équestre en bronze
H. 0.54 ; L. 0.61 ; P. 0.3
musée des Beaux-Arts, Dijon, France
©photo musée d'Orsay / rmn
Les joueurs de trompette au service des villes servaient à annoncer solennellement les actes du pouvoir royal ou municipal. Depuis le XVe jusqu'au XVIIIe s., il y eut dans toutes les grandes villes de France un trompette de ville, sorte de héraut municipal, habillé aux couleurs de la cité. Il portait à Bordeaux, à Dijon, etc., une trompette d'argent, à la banderole armoriée. (in Dictionnaire de métronimo)

Le père de Gioachino Rossini, Giuseppe Rossini, dit Vivazza, était tubattore ou "trompette de ville", mais aussi inspecteur de boucherie dans la bonne ville de Pesaro sur les bords de l'Adriatique, dans la région des Marches qui appartenait alors aux Etats Pontificaux. Son amour de la Révolution Française lui couta ses postes et sa tranquillité lors des changements de pouvoir entre Napoléon et le pape entre 1796 et 1815.
On peut noter au passage que cette période très particulière sert de toile de fond à Tosca de Puccini.
Son épouse, mère de Gioachino, Anna Guidarini, s'engagea comme chanteuse au théâtre de Bologne lorsque Giuseppe perdit ses postes et dût fuir à Ravenne, Vérone et Bologne.
C'est à Bologne et par le chant que Rossini fait ses débuts musicaux. Il entre à 14 ans au Liceo musicale de Bologne où il apprend le violoncelle et écrit son premier opéra Demetrio et Polibio avant de commencer l'étude du contrepoint.

Succès

Le premier opéra du maestro (qui a alors ...14 ans) s'intitule Demetrio et Polibio soit Démétrios et Polybe, en français.

L'argument

La scène est en Parthie, au IIème siècle avant J-C.

Premier Acte

Polybe (basse) est le roi des Parthes, Lisigna (soprano), sa fille, Siveno (contralto), l'amant de sa fille et Demetrios (Ténor), roi de Syrie.
Au comencement de l'action, tout le mode croit que Siveno est le fils de Minteus, un ministre de Demetrios, mais il est en réalité le fils de Démétrios lui-même, avec qui il est brouillé. Demetrios arrive à la cour des Parthes en se faisant passer pour Eumène, un messager royal. Il exige que Siveno revienne en Syrie. Polybe refuse, Siveno et Lisinga se marient. Eum!ne (Démétrios) complote l'enlèvement de Siveno, mais enlève à sa place... Lisinga. C'est vrai que dans le noir...

Acte Second

Siveno et Polybe vont négocier la libération de Lisinga, mais Eumène (Démétrios) menace de la tuer si Siveno s'oppose à lui. En retour, Polybe menace de tuer Siveno si Lisinga n'est pas libérée. La tension est à son comble quand Eumène (Démétrios) découvre que Siveno est son fils perdu. Craignant d'être séparée de Siveno, Lisinga tente de tuer Eumène mais il lui révèle qu'il est Démétrios et le père de Siveno et tout est bien qui finit bien.

Reconnaissance différée

Cet opéra ne sera monté qu'en 1812. Rossini a alors vingt ans et trois de ses opéras ont déjà été présentés. Un an plus tard, ce nombre s'élève à dix lorsqu'il entre dans la classe de contrepoint du Padre Stanislao Mattei dont l'enseignement est si austère qu'il le pousse involontairement vers une forme de composition totalement libérée.
Ceci pose, à mon avis, deux questions :

Les opéras suivants mais cependant précédents...

Lorsque Demetrio e Polibio est donné en 1812, Rossini a déjà présenté La Cambiale di Matrimonio, une farce jouant sur des ressorts assez semblables à ceux de Demetrio....

L'argument

Tobia Mill est un commerçant parvenu et assez stupide pour marier sa fille par lettre de change à son alter ego canadien Slook, en "geste commercial" pour ainsi dire. Il doit se dépatouiller avec sa fille bien sûr, l'amant d'icelle, et, pour faire bon poids, avec une femme de ménage et un caissier qui le font tourner en bourrique.
J'ai eu la chance d'interpréter Tobia Mill sur scène. C'est très amusant et... très ridicule !

Comme je n'ai pas joué dans L'equivoco stravagante, L'inganno felice ni dans Ciro in Babilonia ossia La caduta di Baldassare, je vous épargnerai arguments et commentaires trop personnels à propos de ces œuvres toutes créées entre 1810 et 1812.

Pendant que l'Europe toute entière s'étripaillait à Waterloo, Rossini composait, composait, composait...:

Pendant des débuts du carbonarisme en Italie, Rossini compose :

Rossini compose à tour de bras mais avec des fortunes variées. Obtient de nombreux succès, essuie quelques échecs puis vient finalement en France où il se place, en bon courtisan, sous la protection de Charles X pour le sacre duquel il compose il viaggio a Reims (Le Voyage à Reims) en 1825.

Le couronnement de Charles X, tableau de François Gérard
Le couronnement de Charles X, tableau de François Gérard.
Où l'on peut voir que la sobriété n'était pas à l'ordre du jour.

Puis la course effrénée reprend :

Révolutions

La révolution de 1830 ("les trois glorieuses") déboulonne Charles X. Rossini n'est plus sous sa protection. Il a trente-sept ans et... se met à la retraite, sinon de la musique, du moins de l'opéra. Il en a composé rien moins que quarante ! Guillaume Tell, le dernier, est un triomphe.
De 1832 à 1839, il compose un Stabat Mater, puis la Petite Messe solennelle en 1863

Pendant cette longue période il revient en Italie en 1836, mais il en est chassé par la révolution de 1848 et revient définitivement en France où il s'éteint peu avant ses 77 ans en 1868.

Engagement politique

Il est bien difficile de dire de quel côté penchait Rossini. Ou plutôt, l'absence de commentaires à ce sujet dans les chroniques qui parlent de lui, et ses compositions : le Voyage à Reims , un Hymne à Napoléon III et à son vaillant peuple : « Dieu tout puissant », de 1867, laissent à penser qu'il ne fut pas précisément du côté des luttes révolutionnaires. Ce fin gourmet savait bien de quel côté sa tartine était beurrée.

« Tournedos Rossini with Truffle Madeira Sauce » par kennejima — http://www.flickr.com/photos/kennejima/7502133416/. Sous licence CC BY 2.0 via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tournedos_Rossini_with_Truffle_Madeira_Sauce.jpg#/media/File:Tournedos_Rossini_with_Truffle_Madeira_Sauce.jpg
Le tournedos Rossini, léger et pas cher...

Tournedos

La recette

Le tournedos Rossini est composé d'un médaillon de filet de bœuf de trois centimètres d'épaisseur, poêlé une minute de chaque côté, salé, poivré et déposé sur une tranche de pain de même dimension également dorée au beurre, surmonté d'une escalope de foie gras saisie quinze secondes à la poêle très chaude et de trois lamelles de truffe. La sauce est préparée avec les sucs de cuisson déglacés au vin de Madère et des truffes râpées.

La légende

Pour certain, œuvre de Casimir Moisson, cuisinier de la Maison Dorée, pour d'autres, création de Marie-Antoine Carême, grand cuisinier et ami de Rossini, l'une et l'autre version rapporte que c'est bien le compositeur lui-même qui a imaginé cette recette qui fait prendre trois kilos rien qu'en la lisant.