Messa di Gloria de Puccini

Ça commence mal !

portrait de Puccini jeune
Portrait de Puccini jeune

La Messa di Gloria de Puccini n'existe pas…
L'œuvre qui est connue sous ce nom est bien de Puccini mais ce n'est pas une Messa di Gloria qui ne se compose, s'il faut en croire les spécialistes, que des seuls Kyrie et Gloria. Or, celle-ci comprend également un Sanctus, un Credo et un Benedictus, ce qui en fait une messe tout à fait normale, une Mass ordinarium en quelque sorte.
Elle se nomme en réalité Messa ou Messa a quattro voci Sans doute quelqu'un aura-t-il préféré le terme Missa di Gloria, plus vendeur sans doute…
Mais plus sûrement, on ne s'est pas soucié de lui donner un nom.

Une œuvre de jeunesse

le cloître de l'institut Pacini
Le cloître de l'Istituto Musicale Pacini de Lucca, aujourd'hui Istituto Musicale Boccherini


C'était au départ une pièce écrite vers 1878 par Puccini tout jeune, pour un examen de l'Istituto Musicale Pacini de Lucca (Lucques) où il étudia la musique jusqu'en 1880 avant de partir pour se perfectionner à Milan. Elle fut jouée en juillet 1880 (le Credo avait déjà été donné en 1878) puis complètement délaissée par son auteur qui n'en publia jamais le manuscrit. Il faut attendre 1952 (28 ans après la mort de Puccini) pour qu'on l'entende à nouveau, d'abord en Amérique puis à Naples.

Ricordi

L'éditeur Giulio Ricordi

Mais si elle fait parler d'elle à la fin de la deuxième guerre mondiale, c'est sur un plan juridique : un musicologue, le Père Dante Del Fiorentino, achète à Lucques - ville de naissance de Puccini - une vieille copie du manuscrit qu'il prend pour l'original et l'édite chez Mills Music. Mais le véritable original est en possession de l'éditeur Ricordi à qui il a été donné par la belle-fille de Puccini.
À la suite du procès, les droits sont partagés entre Mills et Ricordi.

Manon Lescaut par Boucher
Manon Lescaut source vive d'inspiration pour Boucher et Puccini… On peut comprendre.

Quoi qu'il en soit, et quel qu'ait pu être son avenir sur les scènes du monde entier, la Messa a quattro voci a servi à Puccini de son vivant : il a réutilisé le Kyrie dans Edgar (qui fut un four) et l'Agnus Dei dans son opéra Manon Lescaut (qui fut "le" succès qui révéla Puccini au grand public.)

Pourquoi plait-elle ?

Il y a plusieurs raisons à cela, outre les qualités musicales intrinsèques de cette œuvre. C'est une pièce où le chœur est très employé, ce qui n'est pas si souvent le cas (cf : les cantates de Bach ou les parties chorales sont à la fois rares et très difficiles), les mélodies sont plaisantes, faciles à écouter et à retenir. Il y a dans cette messes de forts accents de bel canto et, à vrai dire, elle sent plus l'opéra que la religion.
Il ne faut pas oublier que Puccini est issue d'une longue lignée de musicien qui tous composèrent de la musique religieuse. Peut-être en eût-il assez lorsqu'il découvrit Aïda de Verdi en 1876, à Pise. Toujours est-il qu'on trouve beaucoup plus de musique profane que religieuse dans le catalogue des œuvres de Puccini.

La place de l'Amphithéâtre à Lucca

La place de l'Amphithéâtre à Lucca

Soyons formels

Kyrie

Pour le sens des paroles, suivre ce lien.

Larghetto Kyrie


C'est un Kyrie de forme habituelle, en trois parties comme il se doit, dont la troisième rappelle fortement la première sans pourtant lui être identique.
Dès le prélude, on sent qu'il y a quelque chose de particulier et qu'on n'est pas vraiment à la messe. Les thèmes y sont exposés très clairement mais d'une manière charmante qui doit moins au confessionnal qu'au boudoir.
À l'entrée du chœur, tout sert la voix supérieure qui donne le thème d'une façon emprunte d'une coquetterie que ne dénonce pas vraiment le sérieux du Eleison qui suit.
Le Christe est de la même eau : charmant et fleurant presque le marivaudage. Quant à la reprise du Christe... cette puissante ascension lancée par les voix mâles est-elle bien celle de l'esprit ? Et si elle se fait vers les sphères, sont-elles absolument célestes ?
Retour du Kyrie. Rien à dire sur le plan formel : c'est impeccable. Mais décidément, que la messe est jolie !

puccini en voiture
Puccini au volant

Gloria

Pour le sens des paroles, suivre ce lien.

Allegro ma non troppo Gloria


J'adore ce mouvement ! Soyons clair, si toute la musique religieuse était de la même farine, à cette heure, je serais curé.
Il y tout là-dedans. La puissance, la légèreté et la joie. De quoi d'autre pourrait-on avoir besoin ? Ce Gloria est cousin de celui de Poulenc et de son image des curés à bicyclette. C'est une marche, sans rien de martial, la marche d'une âme légère et bienveillante par une belle matinée de printemps.

Andante Et in terra

Un temps de solennité, mais sans gravité, rien que du sérieux dans beaucoup de jeunesse.

Andante Laudamus te

Un passage bien fait, mais dont l'inspiration est bizarrement un peu factice. Est-ce qu'il a voulu faire entendre la prosternation des fidèles par ces grandes descentes successives ? C'est un peu outré et grandiloquent… Pourquoi pas ? ça se faisait à l'époque.

Andante sostenuto Gratias agimus tibi

Oh le beau solo de ténor ! Oh comme on est bien installé dans le bel canto ! Oh comme c'est joli ! Oh comme ce 12/8 roule et tangue gentiment ! Oh comme on est infiniment loin de la messe !

Tempo primo Gloria

Le retour du chœur et du si plaisant Gloria.

Andante sostenuto Domine Deus

Malin ! L'accompagnement est le même que pour le solo de ténor, mais le chœur est dans une certaine religiosité qu'on avait un peu perdue de vue.

Andante Mosso Qui tollis

Pour enlever le péché du monde, ma petite dame, c'est encore Verdi qui marche le mieux. Parenté évidente avec le choeur des esclaves d'une certain Nabucco, au moins dans la prestance et l'aplomb.

Maestoso Quoniam

Un temps assez solennel de proclamation, un peu trop pompeux pour être honnête…

FUGUE Allegro Cum sancto spiritu

Passage obligé : l'élève Puccini doit donner des preuves de son savoir et rendre une fugue impeccable. Elle l'est, pas de problème, par contre pour l'originalité, on repassera (mais il va quand même falloir s'accrocher pour la mémoriser).

Piu mosso Cum sancto spiritu

On est toujours dans la fugue. C'est une strette (les thèmes sont exposés d'un façon plus rapprochée, plus resserrée (ristretto). Ça ne prouve pas grand-chose en dehors du fait que Puccini sait le faire. C'est déjà ça.
Ouf ! On est au bout !

Padre Dante del Fiorentino

Le padre Dante Del Fiorentino qui acquis une copie du manuscrit en croyant que c'était l'original.

Credo

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Andante Credo

Rien à dire, il sait s'y prendre pour commencer quelque chose.
Cette ouverture est très dramatique et théâtrale, baignant dans une religiosité virile de bon aloi.

Lento Chœur et Tenor solo Et incarnatus est

Le joli ténor de tout à l'heure vient nous dire que le Christ s'est fait homme… on sent bien que les dames l'écoutent avec plaisir.

Adagio Basse solo Crucifixus

Belle ambiance lourde dans laquelle les ascendances de la mélodie évoquent le crucifix qu'on érige. C'est amusant de voir comment Puccini applique des systèmes très parlants pour transmettre une image. C'est une manière de faire qu'on retrouve dans les premiers temps du cinéma et dans un certain jeu théâtral outré en vogue à ce moment.
La mort (passus) est "donnée" par la répétition d'une même note, l'absence de mouvement mélodique… bien vu, ça marche !

Allegro Et resurrexit

Evidemment, il faut en sortir et évidemment, c'est toujours par un allegro et par un mouvement ascendant. Rien de nouveau sous le soleil.

Tempo primo (Andante) Et in spiritum sanctum

Un temps carrément carré (qui se compte par quatre) de déclaration puissante et très formelle

Larghetto Et unam sanctam catholicam

Toujours carré mais très lent, une profession de foi catholique très émotionnelle, suivie d'une petit temps de suspens mélodique avant de lâcher le morceau : "on espère la résurrection des morts !"

Andantino Et vitam venturi

Plus assez de "jus" pour nous refaire une fugue pour la vie éternelle ? Tant mieux !

Piazza San Martino à Lucca
Piazza San Martino à Lucca

Sanctus

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Andante ChœurSanctus

Le chœur à l'unisson rythmique comme il se doit, crescendo sur les trois appels, comme il se doit, et joli contrepoint sur dominus deus sabaoth... comme il se doit.

Andantino Baryton solo Benedictus

Un appel répété trois fois et emprunt de mélismes. On va vers la tranquillité.

Puccini
Puccini en chapeau et la paupière quelque peu tombante, "en capote de fiacre" comme disait Marcel Aymé.

Agnus Dei

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Andantino Ténor solo, chœur Basse solo, chœur, duo basse-ténor, chœur... Agnus dei

Très beau dernier mouvement, très émouvant, mélodie souple et joliment déroulée. On est de nouveau dans le bel canto, mais on y est si bien ...