Notions tonales.

Mémento écriture des hauteurs de son.

Un peu d'histoire imaginée.

Flûte en os de vautour datant de 35000 ans
Un des morceaux de flûte en os de vautour découvert par l'équipe allemande dans la grotte de Hohle Fels. © H. Jensen/Université de Tübingen
Avec leurs 35.000 ans, ces instruments datent de l'époque où l'homme moderne côtoyait les Néandertaliens et repoussent les traditions artistiques bien avant l'apparition de l'agriculture.

On ne sait pas grand-chose de l'apparition de la musique dans l'histoire de l'humanité. Les plus anciens instruments de musique qu'on puisse identifier comme tels, sont des flûtes en os dans lesquelles on a aménagé des trous pour produire différentes hauteurs de sons.
Mais ces instruments portant des traces de "facture instrumentale" ne disent rien des objets usuels qui les ont précédés et dont on tirait des sons rythmiques (récipients divers, troncs d'arbres creux, pilons, outils servant à frapper, à racler...) ni rien non plus de la façon dont les hommes préhistoriques, s'appropriaient les particularités sonores des grottes dans lesquelles ils évoluaient pour leur habitat mais aussi pour y peindre des silhouettes d'animaux ou la trace de leur main.

Tambour à fente Mbole
Tambour à fente Mbole
Ces instruments existaient-ils dans les temps reculés ? Nul n'en sait rien : le bois ne résiste pas au temps.

Les pratiques des "tribus primitives" qu'on a découvertes au fil des voyages et des explorations, montrent que la musique est, sous une forme ou une autre, associée à la plupart des moments importants de la tribu : la fête, la naissance, la magie, la guerre, l'apaisement des enfants (les berceuses), les rituels de séduction, de passage à l'âge adulte, d'une façon générale, chaque fois qu'on a besoin de "s'adresser aux esprits". Elle représente souvent une notion tellement importante de la vie du groupe qu'on en confie le soin à un membre aux compétences spécialisées : celui qui sait le rythme ou la mélodie qui fait pleuvoir par exemple, celui qui sait apaiser les esprit lors des naissances extraordinaires comme celle des jumeaux, etc. etc.

Chamanisme et transmission.

Dans toutes les civilisations, la musique, sous forme mélodique ou rythmique, est, avec les drogues de toutes sortes, le vecteur le plus commun de la transe qui permet de parler aux esprits ou tout simplement de sortir de l'ordinaire de son existence.

Lithophone
le Lithophone
Un bon exemple d'instrument à sons déterminés.

Il est fort probable qu'il y ait eu au commencement, une transmission orale des habitudes musicales, et que cette transmission elle-même se soit accompagnée de nombreux apports, oublis et modifications de toutes sortes. L'idée de "fixer" la musique en utilisant le support précis et rigoureux de la partition est très tardive. Elle était depuis longtemps "fixée" dans la fabrication des instruments à sons déterminés tels que les percussions à lames (balafons, xylophones, lithophones, carillons), les flûtes dont les trous déterminaient certaines hauteurs etc. Il existait sans doute des instruments à cordes qu'on obtenait en appliquant le principe de l'arc (corde tendue) associé à une caisse de résonance, mais la hauteur étant déterminée par la tension restait très aléatoire.

Pythagore

Pythagore
Pythagore
"Inventeur de la musique" selon certains. Il posa les bases de "l'harmonique" qui établit une parenté directe entre l'astronomie et les sons...

La question de la proportionnalité des sons s'est posée avec vigueur à Pythagore, réformateur religieux, philosophe, mathématicien et scientifique, né aux alentours de 580 avant J.-C. à Samos, île de la mer Égée et mort vers 495 avant J.-C. à Melaponte en Italie. On prête beaucoup à cet homme extraordinaire, et on lui prête d'autant plus qu'aucun écrit de sa main ne nous est parvenu. Le néopythagorisme, courant de pensée issu de ses enseignements, est cependant imprégné d'une mystique des nombres dont il pourrait être à l'origine. Il met en évidence les lois de l'harmonique en travaillant sur des cordes identiques mais de longueurs différentes, soumises à des tensions identiques. Il établit des rapports de proportionnalité entre l'octave, la quarte et la quinte.

Attirances

Monocorde
Monocorde
L'instrument est cité par Rabelais dans cet épisode de l'enfance de Gargantua : "...au seul son des pinthes & flaccons, il entroit en ecstase, comme s’il goustoit les joyes de Paradis … il s’esgayoit, il tressailloit, se bersoit en dodelinant de la teste, monochordisant des doigtz & barytonnant du cul’.

On peut raisonnablement supposer que Pythagore, comme tous ceux qui ont théorisé sur la musique, a tenté d'expliquer ce qui la rendait si fascinante, si mobilisatrice, émouvante, comment elle pouvait agir sur à peu près tout le monde. C'est une donnée qu'on retrouve sous la plume de beaucoup de penseurs, le plus éloquent sur cette question étant certainement Kant, avocat paradoxal de la musique lorsqu'il dit : " La musique ne parle que par des pures sensations sans concepts et par conséquent ne laisse point, comme la poésie, quelque chose à la réflexion, elle émeut cependant l'âme d'une manière plus diverse et, quoique plus passagère, plus intime; il est vrai toutefois qu'elle est plutôt jouissance que culture (le jeu de pensée n'est que l'effet d'une association pour ainsi dire mécanique) et jugée selon la raison elle possède moins de valeur que n'importe quel autre des beaux-arts. Mais la modulation musicale est une sorte de langue universelle des sensations, intelligible à tout homme, où elle emploie toute sa force, c'est-à-dire comme langue des affections, communiquant ainsi universellement d'après les lois de l'association les Idées esthétiques qui s'y trouvent liées naturellement, mais comme ces Idées esthétiques ne sont pas des concepts ou des pensées déterminées, seule la forme de la composition de ces sensations (harmonie et mélodie), au lie de la forme du langage, sert grâce à une disposition proportionnée de celle-ci à exprimer l'Idée esthétique de l'ensemble harmonieux d'une indicible plénitude de pensées, qui convient à un certain thème, qui constitue l'affection dominante du morceau. (Critique de la faculté de juger, Section I, livre II, §23, p156)."
En clair, la musique est de nature beaucoup trop émotionnelle pour être considérée comme "culturelle" à part entière...
Il n'est pas impossible que Pythagore qui partage avec Kant le fait de ne pas être précisément un rigolo, ait cédé à la tentation de mettre en équation le plaisir musical...

Harmonie et harmoniques

Quoi qu'il en soit, et quelles qu'en soient les raisons, Pythagore pose - ou bien on lui attribue de l'avoir fait - les bases de l'harmonie en théorisant l'attirance, la parenté, qui existe entre un son et sa quinte.
Il est également plus ou moins directement responsable du fait que la musique échappa longtemps aux instrumentistes, chanteurs, danseurs et baladins. Pendant tout le Moyen-Âge en effet, un "musicien" ne jouait pas de musique mais étudiait inlassablement les divisions du son sur son monocorde, outil de mesure plus qu'instrument de musique à proprement parler.
Dans les églises où, hormis l'orgue, les instruments n'entraient pas, les voix des chantres modulaient les prières selon des phrases musicales complexes.
Mais les instrumentistes qui jouaient pour leur plaisir ou celui de l'auditoire étaient tenus en piètre estime. C'était au mieux des amuseurs vulgaires tout juste bons à faire danser les paysans...

L'écriture musicale

Telle que nous la connaissons aujourd'hui, l'écriture musicale nous vient, par étapes successives du plain-chant.

Et la suite ?

Cette page est en chantier la suite viendra bientôt.