La voix

Qu'est-ce que c'est ?

Murmure à l'oreille
Murmurer, faire rire

La voix humaine est la chose la plus simple et la plus compliquée qui soit.
C'est la chose la plus simple, parce que sauf exception, tout le monde en a une et qu'elle semble faire partie de nous comme chacun des cinq sens. Nous avons une voix comme nous avons une vue, une ouïe, un toucher, un goût ou un odorat, et les organes de la voix nous semblent lui appartenir comme les yeux appartiennent à la vue, la langue au goût etc.
Si nous ne considérons pas que la voix est un sens, nous pensons à tout le moins qu'elle est un organe destiné à la communication commes les mains sont destinées à la préhension, les jambes à la mobilité, les dents à la mastication...
De plus nous avons le sentiment que la voix est en quelque sorte le propre de l'être humain.
Rien de tout cela n'est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux et c'est bien là le problème...

Approche sensible

Il y a un rapport plus qu'intime entre "moi" - ce que je suis, ce que je pense que je suis, ce que je veux montrer que je suis - et ma voix.
Je le sais parce qu'il y a un rapport plus qu'intime entre la voix d'une personne que je connais et sa voix : elle me renseigne sur son identité (je (re)connais / je ne (re)connais pas) mais aussi sur son état d'esprit (urgence, quiétude, désir... ) voire son état de santé (fatigue, abattement, pêche du tonnerre...). Plus on moins consciemment, je sais que je confie énormément de moi-même lorsque je donne à entendre ma voix.
Je sais aussi qu'elle me trahit à l'occasion, devient grotesque et coassante lorsque je la voudrais noble et assurée, trop forte quand je la voudrais secrète, ou inefficace lorsque je ne parviens pas à me faire entendre de la serveuse ou du garçon de café.

Comment ça marche ?

L'objet sonore

Cordes vocales vues de dessus
Cordes vocales vues de dessus

D'une certaine façon, ça marche par hasard...
Les cordes vocales (voir figure) sont à l'origine du son, mais elles ne sont pas "prévues" pour émettre des sons. Leur utilité ou leur destination première, si tant est qu'on puisse affecter une finalité aux organes, est d'empêcher les objets qu'on avale de tomber dans les poumons...
Lorsqu'on déglutit, elles se ferment de manière normalement étanche, et les matières ingérées vont vers l'œsophage.
Elles ferment ou ouvrent un orifice, comme font d'autres sphincters de notre corps.

Mais alors, d'où sont issus ces sons ?

Cordes vocales en mouvement vues de face. « Vocal fold animated » par Reinhard — Own Work, following M. Hirano, The vocal cord during phonation, Igaku no Ayumi 80 (1968), no. 10.. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons
Cordes vocales en mouvement vues de face. (wikipédia)

Globalement la vibration produite par les cordes vocales est obtenue en forçant à travers les cordes vocales fermées, de l'air sous pression. Exactement comme font avec la bouche les enfants qui imitent le bruit d'un "prout" ou les trompettistes qui soufflent dans une embouchure. (voir le mouvement au ralenti dans le schéma ci-contre.)

Sommes nous les seuls ?

Non... et oui :
Beaucoup d'animaux possèdent ce même "système de robinetterie", mais même si plusieurs utilisent cette capacité à émettre des sons audibles (aboiements, miaulements, jappements etc.) aucun ne l'a autant perfectionné dans le sens de la communication que l'être humain.
La voix est donc bien, à ce sens, une spécificité humaine.

D'où vient l'énergie ?

Mais oui, au fait ! L'air qui pousse la porte pour faire "Prrrrt" D'où vient-il ?
Eh bien il vient des poumons, bien sûr. D'où pourrait-il venir ?
Mais les poumons sont des sacs, des récipients et non des muscles. Ils ne sont animés par aucun mouvement propre. C'est le diaphragme qui fait tout.

Le diaphragme

Diaphragme humain en mouvement
Respiration : Diaphragme en mouvement. (Wikipédia)

Le diaphragme est un muscle mais pas seulement. C'est une vaste membrane qui sépare dans l'abdomen, la cavité thoracique de la cavité abdominale.
Lorsqu'il se contracte, il s'abaisse et créé ainsi un appel d'air dans les poumons.
Lorsqu'il se détend, il s'élève et chasse l'air des poumons.(Attention, ces notions ne sont pas intuitives, on croit même généralement le contraire...)
Il est donc fort possible qu'au moment du décès, l'être humain "rende son dernier soupir" puisque la dernière chose que fera notre diaphragme sera de se détendre et donc de chasser l'air des poumons...

Bien compris pour le diaphragme : c'est lui qui fait entrer et sortir l'air. Mais qui règle le débit ?

Eh bien c'est encore lui, mais pas tout seul...

Le soutien

Un vieillard et un enfant tournant le dos
Soutien

C'est une notion bien obscure que le soutien. Une sorte de Saint Graal, plus insaisissable que le "Vif d'Or" de Harry Potter, une valeur mythique et donc rétive à la définition.
"Il faut soutenir" dit le professeur de chant à l'élève qui n'en peut mais et fait appel à toutes les ressources de son imagination pour scruter les uns après les autres tous les soutiens qu'il a rencontré dans sa vie, les financiers, les moraux, les "de famille", les "gorge", les formels et les implicites, les psychologiques et les logistiques et tente d'en faire la synthèse pour "soutenir" dans cette épreuve son effort, son attention, le regard inquisiteur de son mentor, le poids des ans et celui de son ignorance.
Quant à soutenir sa voix... "prrrt" comme disent in petto ses cordes vocales.
"Mais enfin le soutien ! Chérrri !" roucoulait avec vigueur une mienne professeure de chant en agrippant d'une main de fer mes poignées d'amour.
"Ce n'est une question de soutien..." me répondait, avec une désinvolture teintée d'un léger mépris, le baryton dont j'admirais la capacité à émouvoir les dames en modulant des phrases aussi légères qu'interminables.

Qu'est-ce donc que ce fameux soutien ?
C'est tout et... fort peu de choses. Oh rassurez-vous, je ne me lancerai pas dans une longue description anatomique du "soutien". J'en suis bien incapable, mais je peux toujours vous dire l'idée que je m'en fais.

Bouche chantante

Pour moi, donc, "soutenir" c'est avant tout, ne pas porter l'effort vocal là où il ne doit pas être, c'est-à-dire ne pas compter que sur sa gorge ou que sur les mouvements de son diaphragme.
"Soutenir", c'est se mettre en situation de faire tout en s'écoutant, de participer sans être totalement impliqué, bref, de conduire la voiture en tenant le volant plutôt que la tête plongée dans le moteur.

Nous voilà bien avancés, me direz-vous. C'est juste. Je vais donc vous donner un truc : pour "soutenir" sollicitez le petit effort assez intime qui consiste à s'arrêter de faire pipi. Les médecins appellent ça "pipi-stop". C'est trivial, mais plus amusant que "contrôle de la miction réalisé par un sphincter strié volontaire utilisé en cas de retenue forcée".
Et surtout, ça marche très bien.

Attention, il ne s'agit pas de devenir l'Hercule du périnée ni la Wonder Woman du casse-noisette ! Il suffit de penser à "ça" au bon moment : devant une difficulté vocale, une phrase longue, un moment d'émotion, et puis d'y penser au moment de commencer à chanter... y penser suffit presque. Ce n'est pas un effort à part entière, c'est une manière de "faire un pas de côté" pour se libérer des soucis innombrables de l'émission vocale.
Et entre nous, c'est assez rigolo de penser que la grande cantatrice qui s'époumone et fait grimper aux rideaux le public de la Scala est en train, au moment où elle pousse le contre-ut qui vous emporte les sens, de penser à ... ça.

Mais soyons sérieux : le soutien, c'est ce qui contribue à régulariser et à maitriser le débit de l'air. C'est l'effort que vous faites quand vous soufflez délicatement sur votre cuillèrée de potage pour la refroidir sans asperger la marquise qui est assise en face de vous. C'est celui que vous faites aussi lorsque vous chantez une chanson douce à l'enfant qui s'endort... c'est un bien bel effort que ce soutien.

C'est tout pour le moment

Cette page est en chantier la suite viendra bientôt.